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Le 7 juin 2008
Le blocage de l'inflation
L'Europe a décidé de limiter l'inflation par décret à 3,9%.
Le fait de bloquer l'inflation entre 0% et 3,9% empêche l'économie d'absorber les chocs de l'augmentation des matières premières et des produits agricoles.
A priori, l'inflation devrait refléter la courbe d'augmentation des matières premières.
Cette hausse est d'origine extérieure et provient de l'inadéquation entre l'offre et la demande.
L'inflation a deux sources possibles. Premièrement, une augmentation des prix qui ne vient pas du système économique. En fait un fait économique réel sur lequel on n'a pas de prise.
Deuxièmement, le fonctionnement du système économique. Fonctionnement sur lequel on peut agir certes, mais à l'aveugle. Le prix de certains produits descend. Cette diminution de prix n'est pas nécessairement répercutée à la vente. Par exemple, les prix du textile n'ont vraiment diminué qu'en Grande-Bretagne et en Irlande. Sur le continent, les prix ont à peine diminué. Le secteur textile est un gigantesque cartel tacite. Si la diminution de prix de certains produits est répercutée dans le prix de vente ou s'il est importé, nous avons une forme de déflation. Les entreprises n'aiment pas diminuer les prix. Les forces déflationnistes sont contrées par la rigidité des entreprises. Par contre, l'inflation est devancée par les sociétés. Les sociétés sont très sensibles aux excès de la demande sur l'offre. Une société qui ne devance pas les hausses de prix va vendre à perte.
Le taux d'inflation est la résultante de ces deux tendances. L'ensemble des prix qui montent est donc plus important que le taux d'inflation conventionnel n'indique.
Une banque centrale normale a les moyens de gérer l'inflation. Ces moyens sont simples, en changeant le taux directeur, la banque réchauffe ou refroidit l'économie. Ces moyens n'agissent pas directement sur l'inflation, mais sur les acteurs dont l'attitude entraîne l'inflation. Ce type d'inflation
est lié au manque de souplesse des entreprises etouou à la mentalité des entrepreneurs et des consommateurs. La variation du taux d'inflation générée par cette méthode est artificielle.
Il y a une relation directe entre une monnaie et le taux d'inflation. Quand un pays laisse l'inflation galoper, la monnaie se déprécie. Il semble bien que l'inverse se vérifie. Si on jugule trop l'inflation, la monnaie monte. On a vu ce cas avec l'euro. L'inflation a été ramenée en dessous d'un pourcentage arbitraire et fixe comme si l'économie ne variait jamais. Si on peut avoir une inflation insuffisante et une inflation excessive, l'inflation réelle doit se trouver entre les deux. L'inflation réelle est celle qui est générée par des faits économiques réels et non pas par des manipulations. Un exemple simple et carré est celui de l'offre et de la demande comme dans le cas des matières premières. Les spéculateurs peuvent manipuler les prix du pétrole sur de courtes périodes, les producteurs sont les mieux placés pour manipuler les prix du pétrole, mais l'Europe n'a pas de grands moyens de manipulation sur celui-ci. Pour l'Europe, ce sont des prix réels qui doivent être répercutés dans les produits et services.
La BCE et l'Europe ont pris l'option de faire monter l'euro. Un euro fort diminue à l'importation, l'impacte de la montée des prix des matières premières, mais diminue également le prix de tous les autres produits ; ce qui favorise les importations. Du côté des exportations, l'augmentation des prix frappe tous les produits de façon uniforme et non pas proportionnellement aux matières premières contenues. Ce phénomène ne favorise pas les économies de matières premières, en conséquence l'Europe prend du retard dans l'adaptation, dans la réaction aux prix élevés des matières premières.
Parler d'euro fort est un abus de langage. Le dollar est fort qu'il soit haut qu'il soit bas, le dollar est fort. Quand il faut un dollar bas aux Américains, il baisse ; quand il leur faut un dollar haut, il monte. Autrement dit, bas ne veut pas dire faible et haut ne veut pas dire fort.
Bas veut dire bon marché et haut cher. L'euro est cher, mais pas fort. L'euro est gonflé de l'inflation refusée. Ce traitement irrationnel de l'inflation boursoufle les prix à l'exportation et provoque un dumping des produits étrangers. L'euro est bloqué entre 0%, limite psychologique et linguistique et 3,9%, limite légale imposée par l'Europe. Comme si cette loi européenne allait empêcher le pétrole et les autres matières premières de monter.
L'inflation est bloquée, c'est l'euro qui monte. L'euro a doublé par rapport au dollar. Il est passé de 0,8 à 1,6 dollar. L'euro pourrait être gonflé par l'inflation jusqu'à concurrence de 50%.
Une baudruche prête à vous éclater à la figure.
Changer de politique maintenant est très délicat, mais indispensable.
Philippe Odaert